DITES-LE AVEC UN LIVRE

Spécial enfance

À Montpellier, les enfants de la Paillade sous la lumière après le chaos »

Depuis la mort de Nahel mardi, le quartier de la Paillade à Montpellier s’est embrasé quasiment chaque soir.
Comme pour les extirper du chaos ambiant, l’auteur Nourdine Bara a convié les enfants du coin à un échange littéraire salutaire, malgré les effluves de goudron brûlé.

Depuis la mort de Nahel mardi, le quartier de la Paillade à Montpellier s’est embrasé quasiment chaque soir.
Comme pour les extirper du chaos ambiant, l’auteur Nourdine Bara a convié les enfants du coin à un échange littéraire salutaire, malgré les effluves de goudron brûlé.

En ville, le sens du terme « oasis » n’aura jamais été si juste ni si fort.
Un jardin fabuleux, des poules, des biquettes, des plants de tomates et de courgettes, et cette petit scène de palettes où les enfants sont appelés à causer littérature à tour de rôle, micro en main.
Ce moment hors du temps s’est déroulé à Montpellier dimanche 2 juillet, dans un ancien square encadré par de larges barres d’immeubles.

Ici, c’est la Paillade, un quartier populaire au nord de la ville, et s’il n’y avait pas cette légère odeur de goudron brûlé émanant des rues adjacentes, on aurait pu croire que le quartier tout entier nage dans le bonheur.
Mais comme partout en France à la suite de la mort de Nahel mardi 27 juin, les révoltes l’ont pourtant bel et bien touché.
Et à l’heure où beaucoup d’associations annulent leurs événements et « attendent peut-être que l’envie de tout casser se fatigue d’elle même« , l’auteur Nourdine Bara a décidé de garder le cap et d’y insuffler une « petite bulle d’oxygène »

A Montpellier, les enfants du quartier de la Paillade étaient invités à parler littérature dimanche.
Une véritable petite bulle d’oxygène malgré le chaos ambiant.

« Et un jour ça explose ».

Car pour la toute première fois, son événement littéraire de rue « Dites-le avec un livre », auquel Médiapart a déjà assisté, allait s’intéresser aux enfants.
« Nous avons trouvé qu’il était plus important que jamais de les mettre à l’abri de tout ce qui se passe.
J’ai grandi à la Paillade et je ne veux pas que ces petits s’habituent à la violence, revendique Nourdine Bara.
Il faut se mettre à leur hauteur et bien comprendre qu’un lendemain de révolte, lorsqu’ils descendent de chez eux, leur quartier s’apparente à un théâtre de guerre.
Ils le reçoivent comme une terrible agression« 

L’ écrivain organisait l’événement en collaboration avec la ville de Montpellier et avec son frère Kamel, fondateur de l’association Les 4 chemins, aux manettes de la fameuse « oasis ».
Issus des écoles du quartier pour la plupart, une vingtaine d’enfants se sont prêtés au jeu, juchés sur une estrade improvisée en attendant leur tour.
Fantômette pour « les images dans la tête« , Mortelle Adèle « pour les bêtises« , La ferme des animaux « pour l’égalité » … Et puis Vendredi ou la vie Sauvage, les J’aime lire, La Guerre des clans

« La plupart d’entre eux n’ont pas l’habitude de lire des livres. Ils se sont servis dans la boîte à livres qu’on a fait installer à l’entrée« , raconte Kamel Bara, enfant du quartier et éducateur depuis près de trente ans.
Ces derniers jours, des parents sont venus à sa rencontre pour partager leurs craintes.
« Ils ont peur que l’éducation de leur enfant leur échappe« , rapporte le militant associatif, qui a surpris un enfant sans histoire un briquet à la main la veille au soir.

Dans le public ce dimanche, l’auteur Soufyan Heutte était accompagné de ses enfants. La Paillade, il l’a quittée en 2019 des idées de roman plein la tête, et tente au fil de ses récits d’en retranscrire l’ambiance et les nuances. « La plupart du temps, lorsque les jeunes se prennent des claques lors des contrôles de police, ils ne bougent pas. En réalité, il ne se passe rien pendant longtemps, et un jour ça explose« , souligne le romancier, qui pointe les raccourcis trompeurs, le manque d’espaces d’échange démocratique et l’absence de plan banlieue d’envergure depuis 2005.

« Les injonctions d’appel au calme, je trouve ça violent. Après la première émeute, je veux bien. Mais entre deux émeutes, quand on voit que cinq ou dix ans se sont écoulés et qu’il ne s’est rien passé, ce n’est pas possible. C’est un peu comme si tu avais une fuite, et que tu épongeais le sol sans jamais t’occuper du problème« , analyse le trentenaire.
Ici, personne ne cautionne la violence, mais l’une des mères présentes confie son trouble.
« Cette fois-ci, justice a été faite. Les autorités ont vite réagi. Mais il faut se mettre à la place de qui ? Du jeune qui a été tué ? De sa mère ? Du policier qui se serait senti en danger ? On ne sait plus …« 

Dans le quartier, aucune vitre des arrêts de bus et de tramway n’a résisté.
L’aldi du coin a été dévasté et pillé.
Près des halles, des kilos de détritus volent au vent à l’heure du déjeuner, derniers stigmates des tas de poubelles flambées qui ont fait office de barricades ces dernières nuits.
Une ambiance que les frères Bara nous feraient presque oublier lorsqu’ils tentent de détourner l’attention des tout-petits à la façon d’un film de Roberto Benigni.
« Je veux que pour eux la vie soit belle« , souffle Nourdine.

Article de Prisca Borrel pour Médiapart.

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Dites-le avec un livre


Motifs d’évasion invente une agora littéraire.

Des étudiants étrangers, issus des quatre coins du monde sont invités à prendre le micro, sur la place publique, pour témoigner en 5 minutes, de toute l’importance qu’ils donnent à un livre, à son propos, à un auteur.

6 rencontres pour révéler à quel point Montpellier est riche de ses étudiants étrangers et combien elle est fière de compter en son sein, autant d’ambassadeurs en puissance.

Il est urgent de les écouter, de les questionner, et de faire davantage se croiser nos chemins dans la ville avec le livre comme motif de rassemblement.